Espoir et Désespoir

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L'Espérance (Spes) et la Crainte (Metus) sont toujours présents en même temps, mais dans des proportions différentes. Craindre, c'est espérer un peu. Espérer, c'est craindre un peu.

Nous avons déjà traité la question de la crainte sur la page des 5 affects de la peur.

John William Waterhouse, Pandore (1896).

Si ce qui advient contredit ce que nous espérions, nous éprouvons de la Déception (Morsus Conscientiæ).

Si ce qui advient contredit ce que nous craignions, nous éprouvons du Contentement (Gaudium) (« Je m'attendais à pire ; ça va finalement »).

Quand nous cessons de douter d'une issue favorable, l'Espérance devient Sécurité (Securitas).

John Everett Millais, The Blind Girl (1856).

Quand nous cessons de douter d'une issue défavorable, la Crainte devient Désespoir (Desperatio).

Desperatio : le Désespoir

Définition

Le désespoir fonctionne en deux temps :

  1. Vous ne doutez pas qu'une certaine chose s'est produite ou va se produire.
  2. Cette idée vous cause de la tristesse : la même tristesse que si vous viviez au présent la future (ou l'ancienne) chose désespérante.
John Everett Millais, Ophelia (1852).

Explication

Le désespoir naît de la crainte.
La crainte est la tristesse que provoque l'idée d'une chose dont vous n'êtes pas sûrs qu'elle va bien se passer.
Lorsque vos doutes disparaissent, la crainte devient désespoir : vous ne doutez pas qu'elle s'est mal passée ou va mal se passer, et cela vous accable.

Nous avons dit que vous ne doutiez pas. Le terme a son importance.
En effet, il ne faut pas confondre absence de doute et certitude. Ne pas avoir de raisons de douter de quelque chose n'assure pas d'être dans le vrai.
De fait, on ne peut jamais être sûr de l'issue des choses singulières. Il faut donc éviter de voir dans ce qui nous désespère quelque chose d'inéluctable. Ce qui nous trompe est que la chose qui nous désespère appartient soit au futur (qu'on ne peut prévoir), soit à un passé que nous méconnaissons. Et pourtant nous la vivons comme si elle appartenait au présent et était accomplie.

Remèdes

La première étape pour traiter le désespoir est donc d'apprendre à voir sa cause pour ce qu'elle est : quelque chose d'incertain dont on ne doute pourtant pas. Une fois le doute rétabli, votre désespoir rétrograde en crainte, c'est-à-dire en tristesse liée à l'idée d'une chose incertaine.

C'est un premier pas… mais c'est désormais à la crainte qu'il faut s'attaquer !
Plus précisément, il va vous falloir vous pencher sur la tristesse constitutive de cette émotion.

Il existe quelques situations où l'issue d'une chose est assez sûre. Dans ces cas-là, il s'agira moins de rétablir le doute que de faire la distinction entre ce qui est effectivement certain… et tout ce que notre imagination y ajoute.

Spinoza propose justement 5 remèdes aux passions tristes, dont la crainte et le désespoir.

  1. [1] Spinoza, Éthique, III, Définition des affects, Définition XII (trad. Bernard Pautrat, Seuil, 2010, p. 327).
  2. [2] Spinoza, Éthique, III, Définition des affects, Définition XV (trad. Bernard Pautrat, Seuil, 2010, p. 329).