Les 5 affects de la peur

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Spinoza distingue plusieurs affects liés à la peur, la crainte ou l'anxiété. Comme il peut être difficile de les différencier, et que nous les éprouvons souvent en même temps, nous les aborderons conjointement.

Pourrez-vous identifier celui qui vous concerne ?

Définitions

1. Timor : la Peur

Karl Brioullov — Le Dernier jour de Pompéi (1833), détail.

Le vif du sujet. La peur est un désir. Vous l'éprouvez quand vous craignez quelque chose et que vous voulez l'éviter. La peur est donc ce désir d'éviter un mal que l'on craint. Et pour éviter ce mal… vous foncez vers un autre mal qui vous paraît plus supportable que le premier.

Par exemple, une personne est anxieuse à l'idée de croiser tel collègue qui la met mal à l'aise, alors tous les jours elle fait de longs détours épuisants pour l'éviter…

Autre exemple : quelqu'un vous pose une question qui vous oblige à dévoiler des aspects de votre vie que vous assumez mal, alors vous préférez mentir plutôt que vous confronter à cette situation.

2. Metus : la Crainte

Edvard Munch — Le Cri (1893).

Lorsque nous ne savons pas comment une situation va se terminer, nous pouvons éprouver deux affects : si nous penchons plutôt pour un bon déroulement, nous ressentons une joie que l'on nomme espérance. Si au contraire nous penchons vers une issue défavorable, nous éprouvons de la crainte. L'un va forcément avec l'autre : lorsque vous avez de l'espérance, vous avez une petite part de crainte, et lorsque vous êtes craintifs, vous avez une part d'espérance.

3. Pussillanimitas : la Lâcheté

Vous faites preuve de lâcheté si votre désir est entravé par la crainte d'une chose que presque tout le monde affronterait sans difficulté.

4. Verecundia : la Pudeur

Masaccio — Adam et Ève chassés du paradis (c. 1425), détail.

La pudeur, selon Spinoza, est la crainte de la honte. C'est une peur du regard des autres et de la mauvaise opinion (réelle ou imaginaire) qu'ils pourraient avoir de vous. Cette crainte vous empêche d'agir.

5. Consternatio : la Stupeur

Véronèse — Loth et ses filles fuyant Sodome, c. 1580/85.

La Stupeur est une double peur qui vous paralyse. Comme avec Timor, vous voulez éviter quelque chose que vous craignez… mais vous ne pouvez pas, parce qu'un autre mal que vous redoutez tout autant vous stupéfie. Vous êtes donc face à deux choses que vous voudriez bien éviter, et vous n'en évitez aucune. Pour cette raison, on pourrait parler de peur dilemmatique.

Heureusement, des remèdes existent pour la grosse flipette que vous êtes.

Remèdes

Spinoza propose 5 remèdes aux passions tristes, dont voici un aperçu ci-dessous.

La visualisation spinoziste

Si vous désirez éviter une chose, c'est parce que vous la craignez, c'est-à-dire que de la tristesse accompagne l'idée de cette chose. Pour ne plus désirer l'éviter, il faut donc cesser de la craindre, en remplaçant cette crainte par son contraire.

En effet, selon Spinoza, un affect triste s'efface lorsqu'il est supplanté par son opposé joyeux, car nous ne pouvons éprouver deux émotions contradictoires au même moment.

Le contraire de la crainte est l'espérance, qui est la joie que nous ressentons en pensant à une chose dont l'issue n'est pas sûre.

Cette substitution est d'autant plus faisable que la crainte contient déjà de l'espérance. En effet, si l'issue de la chose que vous craignez n'est pas sûre, cela signifie que vous envisagez qu'elle puisse également bien se passer, autrement ce ne serait pas de la crainte mais du désespoir.

Pour parvenir à cette modification, il faut que vous fassiez l'inventaire de tout ce qui pourrait vous faire espérer que cette chose arrive, tout le positif que vous pourriez en tirer en approchant les choses différemment. Que pourriez-vous envisager qui vous motiverait à vous confronter à cette situation et à éprouver des affects joyeux ? Comment détourner ce que vous devez faire pour le rendre agréable et dénué de stress ?

Spinoza propose un remède basé sur la méditation. Il s'agit d'imaginer cette chose que vous redoutez, d'y penser souvent et de remplacer, dans votre film intérieur, votre réaction instinctive de crainte par une réaction de joie et d'espérance. La répétition fera que votre esprit finira par associer cette situation redoutée à des émotions joyeuses, ce qui diminuera votre appréhension.

Complications

  • Metus (la Crainte) peut évoluer en Desperatio (Désespoir).
  • L'Humilité et l'Autodépréciation peuvent vous paralyser et vous empêcher d'agir si vous avez une mauvaise image de vous-mêmes et craignez que les autres vous jugent tout aussi mal.
  • L'Ambition, qui est le fait d'être trop préoccupé par l'idée de faire bonne impression, peut être source d'inquiétude. Vous pouvez ainsi craindre de parler en public de peur de ne pas être perçus comme aussi intéressant, brillant, ou drôle que vous le voudriez et de ne pas être jugés à votre juste valeur.
    L'appréhension de ce que pourraient penser les autres est absurde, car vous n'avez aucun contrôle sur ce qu'ils pensent. Cela est d'autant plus absurde qu'ils n'ont pas eux-même de contrôle sur ce qu'ils pensent. La preuve ? Vous n'en avez pas vous-même sur ce que vous imaginez. Autrement, vous ne seriez pas en train de vous pourrir la vie à envisager ce que peuvent penser les autres, n'est-ce pas ?
  1. [1] Spinoza, Éthique, III, Définition des affects, définition XXXIX (trad. Bernard Pautrat, Seuil, 2010, p. 341).