Indignatio : L'Indignation

Définition

L'indignation commence souvent par un sentiment très noble : la compassion pour une victime. Mais cette compassion se transforme rapidement en haine dirigée contre celui que nous jugeons responsable.

L'indignation est donc la haine que l'on éprouve pour quelqu'un qui a fait du mal à autrui.

Francisco de Goya, Tres de mayo (1814).

Explication

Selon Spinoza, lorsqu'on considère un être comme semblable à nous, il est dans notre nature de partager instinctivement sa tristesse.
Seule exception : lorsque nous avons de la haine pour une personne, sa tristesse ne nous accable pas mais au contraire nous réjouit (c'est alors d'envie qu'il s'agit). Ainsi, de même que nous haïssons ceux qui nous font du mal et voulons nous en venger, nous ressentons de la haine envers ceux qui causent du tort à d'autres à qui nous pouvons nous identifier.
C'est ce dernier sentiment que Spinoza nomme indignation.

L'indignation est donc de la haine, c'est-à-dire de la tristesse dont on juge quelqu'un responsable. L'indignation signifie : « Untel a fait du mal à cette personne, alors je suis

  • triste pour cette personne (compassion)
  • et triste à cause de celle qui lui a fait du mal (haine) ».

Remèdes

Comme tout affect de haine, et de tristesse, l'indignation est source de souffrance.

Spinoza propose plusieurs remèdes pour dissoudre cette passion triste.

Ici, vous pourriez vous demander : « Mais pourquoi vouloir calmer ma haine ? N'est-ce pas normal d'être indigné du mal que quelqu'un a fait à un autre ? »

Chez Spinoza, il ne s'agit pas de pardonner, ni de déresponsabiliser les autres.

Certes, si une personne porte préjudice aux autres d'une façon juridiquement condamnable, il est juste que la société s'en protège, mais ce n'est pas la question qui nous occupe ici.

Les remèdes proposés répondent à un problème précis, sans autres considérations morales : comment approcher nos passions tristes afin de moins en pâtir.

  1. [1] Spinoza, Éthique, III, Définitions des affects, Définition XX (trad. Bernard Pautrat, Seuil, 2010, p. 331). ↩